Pourquoi est-ce parfois si difficile de dire ce que l’on ressent ?
Et si nous commencions simplement par regarder ce qui se passe ?
Paco Castillo
6/10/20263 min read
Il y a des choses que nous savons dire facilement.
Et puis il y en a d’autres qui restent là.
Une remarque qui nous a blessé.
Un besoin que nous n’osons pas exprimer.
Une colère.
Une peur.
Un désaccord.
Parfois, les mots sont même prêts.
On sait exactement ce qu’on voudrait dire.
Et puis on regarde l’autre.
On imagine sa réaction.
Il risque de mal le prendre.
Ce n’est peut-être pas le bon moment.
Je vais encore créer un problème.
Ce n’est pas si important.
Alors on garde.
La conversation continue et, extérieurement, il ne s’est presque rien passé.
Pourtant, quelque chose s’est passé.
Ce petit moment où l’on se retient
Je trouve ce moment particulièrement intéressant.
Celui où quelque chose était sur le point d’aller vers l’autre… et où finalement nous le retenons.
On pourrait penser qu’il s’agit simplement d’un manque de confiance en soi ou d’une difficulté à communiquer.
Mais je ne suis pas certain que ce soit si simple.
Parce que nous ne retenons pas forcément les mêmes choses avec tout le monde.
Avec certaines personnes, nous pouvons dire que nous sommes en désaccord.
Avec d’autres, cela devient beaucoup plus difficile.
Avec certaines personnes, nous pouvons montrer notre fragilité.
Avec d’autres, nous préférons donner l’impression que tout va bien.
Alors peut-être que ce que nous retenons ne parle pas seulement de nous.
Cela parle aussi de ce qui se passe dans la relation.
Qu’est-ce que je risque si je dis vraiment ce que je ressens ?
Derrière un silence, il peut y avoir beaucoup de choses.
La peur de décevoir.
La peur du conflit.
La peur d’être jugé.
La peur que l’autre s’éloigne.
Ou simplement l’habitude d’avoir appris qu’il valait mieux ne pas trop déranger.
Alors nous nous adaptons.
Et parfois, cette adaptation nous a probablement été utile.
Se taire a peut-être été, à certains moments de notre vie, la meilleure manière de préserver une relation, de nous protéger ou de garder notre place.
Le problème n’est donc pas forcément que nous nous adaptons.
Nous le faisons tous.
La question pourrait plutôt être :
Est-ce que cette manière de m’adapter me convient encore aujourd’hui ?
Entre ce que je ressens et ce que je montre
Il peut progressivement se créer un écart entre ce que nous vivons intérieurement et ce que nous montrons aux autres.
Je peux dire « ce n’est pas grave » alors que quelque chose m’a profondément touché.
Je peux dire « ça va » alors que je voudrais que quelqu’un remarque que justement, ça ne va pas tellement.
Je peux accepter quelque chose tout en sentant intérieurement que j’aurais voulu dire non.
Et lorsque cela se répète, il arrive que nous ne sachions même plus très bien ce que nous voulions dire au départ.
Nous ressentons simplement une tension, une fatigue, une irritation ou une impression de ne pas être vraiment entendu.
Et si nous commencions simplement par regarder ce qui se passe ?
En Gestalt-thérapie, il ne s’agit pas pour moi d’apprendre à quelqu’un qu’il faudrait « tout dire ».
Tout dire n’est pas forcément plus juste que tout retenir.
Ce qui m’intéresse davantage, c’est ce moment où quelque chose apparaît dans la relation.
Qu’est-ce que je ressens ?
Qu’est-ce que j’aurais envie de dire ?
Qu’est-ce que j’imagine qu’il pourrait se passer si je le disais ?
Qu’est-ce qui me fait avancer vers l’autre ?
Et qu’est-ce qui, au contraire, me fait reculer ?
Il n’y a peut-être rien à forcer.
Parfois, commencer à regarder ce mouvement suffit déjà à découvrir quelque chose de soi.
Ce que nous retenons raconte aussi nos relations
Nous passons une grande partie de notre vie à entrer en relation avec les autres.
Nous nous rapprochons.
Nous nous éloignons.
Nous parlons.
Nous nous taisons.
Nous nous protégeons parfois.
Et nous essayons, comme nous pouvons, de trouver une manière d’être avec l’autre sans nous perdre nous-mêmes.
Alors je me demande si la question n’est finalement pas seulement :
« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à dire ce que je ressens ? »
Mais peut-être aussi :
« Qu’est-ce qui devient possible pour moi lorsque je suis avec toi… et qu’est-ce qui devient plus difficile ? »
Parce que ce que nous retenons raconte quelque chose de nous.
Mais peut-être aussi quelque chose de la rencontre.
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Paco Castillo, praticien en Gestalt Thérapie
